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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 23:12

 

 

Un peu d’histoire

Avant l’arrivée de Christophe Colomb en 1492, l’île d’Haïti était habitée par les Taïnos, un nom Arawak qui signifiait homme noble.

Une cinquantaine d’années plus tard, les Amérindiens avaient été décimés et remplacés par des esclaves africains.

L’île est d’abord colonisée par les espagnols mais peu à peu, des pirates français s’installent à l’île de la Tortue d’où ils vont envahir la grande terre.

En 1697 est signé le traité de Ryswick qui partage l’île en deux parties, la partie ouest, l’actuelle Haïti sous domination française et l’est de l’île sous contrôle espagnol. C’est une colonie très importante qui représente les deux tiers du commerce extérieur de la France.

Très vite commencent d’importants mouvements de révolte des esclaves. Fin 1801 une grosse expédition commandée par le Général Leclerc arrive à Haïti avec un nombre important d’hommes.

Entre 1802 et 1804, près de 55.000 soldats français et 100.000 esclaves vont perdre la vie dans une énorme bataille. Le pays est dévasté par 13 années de guerre.

Haïti devient indépendant le premier janvier 1804.

Au moment de l’indépendance, le peu d’argent qui reste dans les caisses est investi dans la défense pour prémunir le pays contre un retour éventuel des colons.

L’économie, à l’époque, est basée sur l’esclavage. Haïti est donc un mauvais exemple pour l’ensemble du continent américain car le pays abolil’esclavage et  proclame que tout esclave en fuite qui arrive en terre d’Haïti  sera immédiatement considéré comme libre. Le pays est mis sous embargo total.

En 1825 les haïtiens acceptent de payer une compensation  à la France alors que ce sont les esclaves qui auraient dû être dédommagés. Mais Haïti vit sous embargo, complètement étouffée et est obligée d'accepter  la dette sous la menace. Une dette de 150 millions de Louis d’or, une somme énorme pour l’époque.

Toutes les taxes étaient prélevées sur la culture paysanne, ce qui a hypothéqué le développement du pays.

En 1915 les Etats-Unis occupent le pays. Un des premiers gestes de l’armée d’occupation américaine a été de prendre les réserves d’or du pays qu’ils ont emporté aux Etats-Unis. Cet or n’a jamais été rendu à Haïti.

Au lendemain de l’indépendance, les affranchis, les mulâtres et certains généraux se sont appropriés la terre. La population agricole a donc été privée d’un élément moteur qui aurait pu lui permettre de développer le pays. Il y avait un système de métayage. Les paysans investissaient, travaillaient la terre et devaient donner la moitié de la récolte à la classe dirigeante restée à Port au Prince. Au lendemain même de l’indépendance la société a été fondée sur l’injustice, une mauvaise répartition des richesses. Les élites n’ont jamais développé une vraie politique économique à long terme pour développer le pays.

En 1957 commence la dictature de Duvalier, père et fils,  qui durera jusqu'en 1986 et qui institutionnalise un système de pouvoir basé sur la violence et le terrorisme d'Etat.

Duvalier quitte le pays en 1986 mais la libération sera de courte durée car une succession de coups d'Etat sanglants vont se produire jusqu'aux électionsqui mettront Jean Bertrand Aristide à la présidence en février 1991. Pour une courte durée, car il sera lui aussi chassé par un coup d'Etat militaire en septembre de la même année. Aristide fuit aux Etats-Unis avant d'être ramené par les américains en juin 1993. Entre temps un blocus international est imposé au pays ce qui aggrave encore considérablement la misère dans laquelle se trouve la population.

Entre ensuite en fonction René Préval, président élu qui restera à la présidence de 1996 à 2001 suivi d'une nouvelle élection de Jean Bertrand Aristide qui sera chassé par une nouvelle intervention étrangère en 2004.

En 2006 René Préval gagne une nouvelle élection et terminera son mandat en mai 2011 après des élections entachées de pressions et d'irrégularités qui mettent Michel Martely à la présidence du pays.

Une des principales raisons de l'instabilité endémique de Haïti est sans aucun doute la profonde inégalité dont souffre ce pays. Tant que les choses resteront inchangées le pays ne pourra pas se stabiliser.

Aujourd’hui 

La misère représente en sois un acte de violence important, encore aggravé par des coups d'Etat sanglants organisés par une élite privilégiée bien décidée à maintenir le statut Co.

Chaque fois que Haïti a élu un représentant qui ne convenait pas à la classe dirigeante, la démocratie a été noyée dans un bain de sang. Chaque tentative de changement est systématiquement balayée par la force ou par des manœuvres politiques contraires au jeu démocratique.

Les diktats de politiques économiques imposés à travers les institutions et ambassades internationales ne correspondent pas du tout aux réalités locales et nationales,  le piétinement  du droit du peuple à choisir son propre système économique et politique, constituent souvent le principal handicap au développement et la démocratie dans ce pays.

Haïti a connu près de 18 missions militaires et civiles de l’Organisation des Nations Unies, quand ce ne sont pas les troupes américaines qui interviennent directement. Leur présence aggrave la situation. Cette ingérence qui trouve des bases de relais chez certains dirigeants de l’Etat haïtien et dans la classe dirigeante, ne fait que bloquer tout apport local, tout dynamisme, toute solution durable interne. Elle renforce la tendance parasitaire et dépendante de l’Etat et de certaines catégories sociales. Tout cela complique donc davantage la situation socio-économique et politique du pays et engendre une véritable crise de démocratie et de développement.

Wikileaks a révélé plusieurs câbles d’ambassades étrangères prouvant les pressions et les ingérences répétées. Entre autres les fortes pressions exercées par Washington pour interdire au gouvernement de Mr Préval l’adoption d’un salaire minimum. Quand on sait que les travailleurs haïtiens gagnent 1,75 $ par jour. Il est difficile de comprendre cette intervention comme une aide au développement.

Bilan du tremblement de terre

Le 12 janvier 2010, la ville de Port-au-Prince qui compte 2,8 millions d’habitants est détruite en 30 secondes. Le bilan est de

222.570 morts selon les estimations

300.572 blessés

188.383 habitations présentant de gros dégâts dont 105.000 totalement détruites.

25% des habitations restées debout sont tellement abîmées qu’elles doivent être démolies.

23% des écoles sont détruites dont 80% dans la zone de Port au Prince.

Plus de la moitié des hôpitaux de la zone présentent de gros dégâts.

Le coût total des dégâts est évalué à 7 ,8 billions de dollars. (4,3 en dommages physiques et 3,5 en dommages économiques) soit près de 120% du PIB de 2009. C’est énorme pour un pays dont les ressources nationales sont déjà très limitées.

60% de l’infrastructure économique, administrative et gouvernementale a été détruite ou rendue inutilisable, y compris le palais national, le parlement, les ministères, les ports, l’aéroport, la cathédrale … Tout ceci représente 25 millions de mètres cube de décombres. (1)

2,3 millions de personnes ont dû quitter leur maison.                                                                                         

1,5 million de personnes vivent sous tente.(2)

(1) Sources : PDNA et gouvernement haïtien                        

http://ochaonline.un.org/tabid/6412/language/en-US/Default.aspx                                                             

(2) source : Département de la Protection Civile.

 

Coopération

Les gens vivent toujours sous les tentes, la reconstruction peine à démarrer, l’argent promis par l’aide internationale arrive au compte gouttes. Une épidémie de choléra provoquée par la négligence des troupes de l’ONU est venue encore aggraver la situation.

Une grande campagne de solidarité a pourtant été menée tambour battant au moment du séisme et beaucoup d'entre nous ont cotisé pour aider ce pays. Les Etats ont promis des sommes importantes et une multitude d’ ONG et associations de tous genres œuvrent sur place. Certaines font un travail très positif, d’autres sont nettement moins efficaces et parfois carrément négatives. Haïti a vu arriver de nombreuses sectes aux motivations obscures.                                          Souvent ces organisations internationales travaillent sans coordination. Elles fonctionnent en marge des communautés et de l'Etat haïtien, elles sont mal informées des réalités du pays, ne laissent pas de place aux haïtiens dans les décisions. Dans ces conditions, la population ne se sent pas concernée ni motivée. De plus cette aide a parfois des effets pervers, par exemple l'envoi massif et à long terme d'aliments tue la production et le commerce local. D’autres viennent à Haïti pour y faire des affaires dans le marché de la reconstruction. Chaque pays tente d’imposer ses entreprises et ce ne sont pas les 11 milliards promis qui vont permettre de remettre le pays sur pied encore faudrait-il qu’ils soient réellement versés, on est loin du compte. Une nouvelle dette colossale guette à nouveau ce pays déjà exsangue.

Coopération Sud/Sud

Cuba commence à coopérer avec Haïti en 1998, sa tâche principale est la remise en état du système de santé, mais le pays coopère aussi dans d'autres secteurs comme l'agriculture et l'industrie sucrière par exemple. Cuba est très performant dans le domaine de la médecine communautaire et travaille avec peu de moyens financiers. Ils ont une autre conception de la coopération et travaillent directement avec les communautés haïtiennes et en collaboration avec le gouvernement. Ils ne se substituent donc jamais aux décisions locales, et travaillent dans les coins les plus reculés du pays.

En 2007 se crée une commission tripartite (Cuba, Haïti, Venezuela) ces pays réalisent ensemble des projets de santé publique. Construction d’hôpitaux, de centres de soins sur tout le territoire, formation du personnel haïtien, entre autres des médecins formés à l'Ecole latino-américaine de médecine, un programme d'aide aux personnes souffrant de cécité opérable. Les services sont gratuits.   La Norvège, le Brésil et la Namibie soutiennent et financent les projets réalisés par la coopération cubaine.

Au moment du tremblement de terre le personnel médical et paramédical cubain comptait 331 personnes en Haïti. Ils seront, avec un petit groupe de « Médecins du monde »,  les premiers à faire face au désastre et à recevoir les blessés qui arrivent en masse. Plus tard, c'est le personnel médical cubain qui découvre l'épidémie de choléra à Mirebalais et donne l'alerte. A la suite du tremblement de terre le personnel a été renforcé. Ils visitent les endroits les plus reculés, souvent à pied, par groupes de cinq, avec un sac à dos qui contient un équipement de survie leur permettant de tenir trois jours en cas de problème. Plus de 2 millions de personnes ont bénéficié de ce service de soins et de prévention organisé dans les villages reculés ce qui a permis de diagnostiquer et sauver plus de 5000 cas de choléra. Un programme d'alphabétisation « Yo si puedo » (Oui je suis capable)  est en cours dans tout le pays. L’enseignement se fait en créole.

 

 

ARTICLES EN ANNEXE

"Haïti est la preuve de l'échec de l'aide internationale"

Extraits d’une interview de Ricardo Seitenfus  qui a été réalisée le 20 décembre 2010 par Arnaud Robert pour le quotidien suisse Le Temps

(Ricardo Seitenfus a perdu son poste en Haïti peu après cet entretien).                                                                                                                                            Diplômé de l'Institut de hautes études internationales de Genève, le Brésilien Ricardo Seitenfus a 62 ans. Depuis 2008, il représente l'Organisation des Etats américains en Haïti. Il dresse un véritable réquisitoire contre la présence internationale dans le pays.

Le Temps: Dix mille Casques bleus en Haïti. A votre sens, une présence contre-productive...

Ricardo Seitenfus: Le système de prévention des litiges dans le cadre du système onusien n'est pas adapté au contexte haïtien. Haïti n'est pas une menace internationale. Nous ne sommes pas en situation de guerre civile … et pourtant le Conseil de sécurité, puisqu'il manque d'alternative, a imposé des Casques bleus depuis 2004, après le départ du président Aristide. Depuis 1990, nous en sommes ici à notre huitième mission onusienne. Haïti vit depuis 1986 et le départ de Jean-Claude Duvalier ce que j'appelle un conflit de basse intensité. Nous sommes confrontés à des luttes pour le pouvoir entre des acteurs politiques qui ne respectent pas le jeu démocratique.

Haïti a été l'objet d'une attention négative de la part du 
système international. Il s'agissait pour l'ONU de geler le pouvoir et de transformer les Haïtiens en prisonniers de leur propre île. L'angoisse des boat people explique pour beaucoup les décisions de 
l'international vis-à-vis d'Haïti. On veut à tout prix qu'ils restent chez eux.

 Qu'est-ce qui empêche la normalisation du cas haïtien?Pendant deux cents ans, la présence de troupes étrangères a alterné avec celle de dictateurs. C'est la force qui définit les relations internationales avec Haïti et jamais le dialogue. Le péché originel
d'Haïti, sur la scène mondiale, c'est sa libération. Les Haïtiens commettent l'inacceptable en 1804: un crime de lèse-majesté pour un monde inquiet. L'Occident est alors un monde colonialiste, esclavagiste et raciste qui base sa richesse sur l'exploitation des terres conquises. Donc, le modèle révolutionnaire haïtien fait peur aux grandes puissances. Les Etats-Unis ne reconnaissent l'indépendance d'Haïti qu'en 1865. Et la France exige le paiement d'une rançon pour accepter cette libération. Dès le départ, l'indépendance est compromise et le développement du pays entravé... Ont commencé deux cents ans de solitude sur la scène internationale. Aujourd'hui, l'ONU applique aveuglément le chapitre 7 de sa charte, elle déploie ses troupes pour imposer son opération de paix. On ne résout rien, on  empire. On veut faire d'Haïti un pays capitaliste, une plate-forme d'exportation pour le marché américain, c'est absurde. Haïti doit revenir à ce qu'il est, c'est-à-dire un pays essentiellement agricole encore fondamentalement imprégné de droit coutumier. Le pays est sans cesse décrit sous l'angle de sa violence. Mais, sans Etat, le niveau de violence n'atteint pourtant qu'une fraction de celle des pays d'Amérique latine. Il existe des éléments dans cette société qui ont pu empêcher que la violence se répande sans mesure.

- N'est-ce pas une démission de voir en Haïti une nation inassimilable, dont le seul horizon est le retour à des valeurs traditionnelles? - Il existe une partie d'Haïti qui est moderne, urbaine et tournée vers l'étranger. On estime à 4 millions le nombre de Haïtiens qui vivent en dehors de leurs frontières. C'est un pays ouvert au monde.
 Je ne rêve pas d'un retour au XVIème siècle, à une société agraire. Mais Haïti vit sous l'influence de l'international, des ONG, de la charité universelle. Plus de 90% du système éducatif et de la santé sont en mains privées. Le pays ne dispose pas de ressources publiques pour pouvoir faire fonctionner d'une manière minimale un système étatique. L'ONU échoue à tenir compte des traits culturels. Résumer Haïti à une opération de paix, c'est faire l'économie des véritables défis qui se présentent au pays. Le problème est socio-économique. Quand le taux de chômage atteint 80%, il est insupportable de déployer une mission de stabilisation. Il n'y a rien à stabiliser et tout à bâtir.

- Haïti est un des pays les plus aidés du monde et pourtant la situation n'a fait que se détériorer depuis vingt-cinq ans. Pourquoi?

L'aide d'urgence est efficace. Mais lorsqu'elle devient structurelle, lorsqu'elle se substitue à l'Etat dans toutes ses missions, on aboutit à une déresponsabilisation collective. S'il existe une preuve de l'échec de l'aide internationale, c'est Haïti. Le pays en est devenu la Mecque. Le séisme du 12 janvier, puis l'épidémie de choléra ne font qu'accentuer ce phénomène. La communauté internationale a le sentiment de devoir refaire chaque jour ce qu'elle a terminé la veille. La fatigue d'Haïti commence à poindre. Cette petite nation doit surprendre la conscience universelle avec des catastrophes de plus en plus énormes. J'avais l'espoir que, dans la détresse du 12 janvier, le monde allait comprendre qu'il avait fait fausse route avec Haïti. Malheureusement, on a renforcé la même politique. Au lieu de faire un bilan, on a envoyé davantage de soldats. Il faut construire des routes, élever des barrages, participer à l'organisation de l'Etat, au système judiciaire. L'ONU dit qu'elle n'a pas de mandat pour cela. Son mandat en Haïti, c'est de maintenir la paix du cimetière.

- Quel rôle jouent les ONG dans cette faillite?

A partir du séisme, Haïti est devenu un carrefour incontournable. Pour les ONG transnationales, Haïti s'est transformé en un lieu de passage forcé. Je dirais même pire que cela: de formation 
professionnelle. L'âge des coopérants qui sont arrivés après le séisme est très bas; ils débarquent en Haïti sans aucune expérience. Et Haïti, je peux vous le dire, ne convient pas aux amateurs. Après le 12 janvier, à cause du recrutement massif, la qualité professionnelle a beaucoup baissé. Il existe une relation maléfique ou perverse entre la force des ONG et la faiblesse de l'Etat haïtien. Certaines ONG n'existent qu'à cause du malheur haïtien.

- Quelles erreurs ont été commises après le séisme?                                             

Face à l'importation massive de biens de consommation pour nourrir les sans-abri, la situation de l'agriculture haïtienne s'est encore détériorée. Le pays offre un champ libre à toutes les expériences 
humanitaires. Il est inacceptable du point de vue moral de considérer Haïti comme un laboratoire. La reconstruction d'Haïti et la promesse que nous faisons miroiter de 11 milliards de dollars attisent les 
convoitises. Il semble qu'une foule de gens viennent en Haïti, non pas pour Haïti, mais pour faire des affaires. Pour moi qui suis Américain, c'est une honte, une offense à notre conscience.

Au-delà du constat d'échec, quelles solutions proposez-vous?                         

Pour rester ici, et ne pas être terrassé par ce que je vois, j'ai dû me créer un certain nombre de défenses psychologiques. Je voulais 
rester une voix indépendante malgré le poids de l'organisation que je représente. J'ai tenu parce que je voulais exprimer mes doutes profonds et dire au monde que cela suffit. Cela suffit de jouer avec 
Haïti. Le 12 janvier m'a appris qu'il existe un potentiel de solidarité extraordinaire dans le monde. Même s'il ne faut pas oublier que, dans les premiers jours, ce sont les Haïtiens tout seuls, les mains nues, qui ont tenté de sauver leurs proches. La compassion a été très importante dans l'urgence. Mais la charité ne peut pas être le moteur des relations internationales. Ce sont l'autonomie, la souveraineté, le commerce équitable, le respect d'autrui qui devraient l'être. Nous devons penser simultanément à offrir des opportunités d'exportation pour Haïti mais aussi protéger cette agriculture familiale qui est essentielle pour le pays.  

Les leçons que nous donnons sont inefficaces depuis trop longtemps. La reconstruction et l'accompagnement d'une société si riche sont une des dernières grandes aventures humaines. Il y a 200 ans, Haïti a illuminé l'histoire de l'humanité et celle des droits humains. 
Il faut maintenant laisser une chance aux Haïtiens de confirmer leur vision.

 


Le "modèle humanitaire dominant" est mis en question en Haïti

LEMONDE.FR | 12.01.11

Parmi les voix qui s'élèvent pour s'inquiéter de la situation qui prévaut en Haïti un an après le terrible séisme qu'a connu le pays le plus pauvre d'Amérique latine, certaines expriment de façon parfois véhémente un certain ressentiment à l'égard des ONG. Deux critiques majeures émergent de la part d'intellectuels haïtiens ou d'observateurs étrangers : une certaine inefficacité dont témoignerait le retard à la reconstruction et une complicité affichée avec les intérêts de plusieurs des pays mobilisés au décours immédiat du séisme. A celles-ci s'ajoute, particulièrement de la part du secteur gouvernemental, l'argument que les fonds destinés à l'Etat seraient détournés vers les ONG.

Sans angélisme compassionnel, il convient d'être prudent à l'égard d'un raisonnement qui, conduisant à une généralisation définitive, serait intellectuellement suspect.

Cela ne dédouane cependant pas d'une analyse critique qui peut pointer les limites de l'efficacité des organisations humanitaires non gouvernementales. C'est précisément le propos visé ici. Mais cela ne conduit pas pour autant à balayer d'un revers de main les aides concrètes apportées à la population juste après la catastrophe, et depuis, pour lui permettre de survivre. Nous parlons dans les lignes qui suivent de la phase qui suit la réponse à l'extrême urgence. Celle qui a débuté quelques semaines après le séisme.

La première nuance à apporter consiste en effet à distinguer la réponse immédiate à la catastrophe, des phases chronologiques suivantes. Celles-ci sont supposées conduire à une reconstruction ici repoussée à des échéances insupportables pour la vie et la dignité des personnes frappées par le tremblement de terre.

UN MOUVEMENT HUMANITAIRE PROTÉIFORME

Parler des ONG comme d'un tout homogène et indistinct, dans lequel le public inclut souvent et faussement les agences internationales, est aussi un raccourci. Les organisations humanitaires constituent en effet une constellation d'associations dont les domaines de compétence, les tailles, les modalités opératoires, le caractère laïque ou non sont variables.

Il est clair que le mouvement des ONG internationales est largement dominé par des organisations issues de pays occidentaux. Les cinq plus grosses en termes de budget sont World Vision, Save the Children, Care international, MSF et Oxfam. L'ancrage occidental représente l'un des principaux points communs de cette entité protéiforme que constitue le mouvement humanitaire.

Mais positionner les ONG comme un outil systématiquement au service de la politique étrangère des pays occidentaux, c'est oublier qu'en la matière les "cultures" et les pratiques au sein du mouvement humanitaire sont différentes selon les organisations. Elles ont ainsi historiquement des positionnements vis-à-vis de leurs gouvernements qui sont schématiquement sur trois registres : la collaboration (modèle dit "scandinave"), la mise en tension (modèle dit "méditerranéen") ou la complémentarité sur un mode privé (libéral) avec les pouvoirs publics de leurs pays d'origine (c'est le modèle dit "anglo saxon").

Dans les urgences majeures comme le tsunami en Asie ou le séisme en Haïti, des centaines d'ONG sont présentes sur le terrain dans une turbulence générale qui rend les distinctions peu lisibles, aboutissant à ce que le positionnement ostentatoire de quelques-unes puisse être attribué à toutes (leur nombre est actuellement estimé à près d'un millier en Haïti).

Il n'en demeure pas moins que dans les trois modèles sociologiques la référence reste l'Etat, un Etat-nation démocratique, que l'on accompagne en bénéficiant de ses financements, en le renforçant par une offre de service privée, ou dont on nuance la politique étrangère par des positionnements opérationnels et politiques qui peuvent être discordants. Ce sont ces approches que les ONG internationales, au gré de la sensibilité de chacune, tentent de reproduire vis-à-vis des politiques sanitaires et sociales des pays d'intervention. Transposée dans un contexte comme celui d'Haïti cette approche dans la relation avec le gouvernement est inopérante, du fait même de la faillite de l'Etat.

L'analyse critique ne doit pas occulter la dimension politique et la part de responsabilités des leaders haïtiens pour désigner l'action humanitaire comme cause primordiale de la situation locale (le taux de croissance en 2010 devrait connaître un recul de 7 %, alors qu'il connaît une progression de 6 % pour l'ensemble de l'Amérique latine). Il y a en effet une paralysie préoccupante du pouvoir que la crise électorale actuelle renforce éloignant encore la perspective d'un système haïtien de gouvernance démocratique et robuste.

UN HUMANITAIRE DOMINANT REMIS EN CAUSE

Fort de ces constats, c'est ainsi le "modèle humanitaire dominant" qui est questionné et remis en cause, celui qu'ont produit les pays occidentaux au XIXeet XXe siècle, avec ses logiques politiques, techniques et managériales.

Dès lors l'approche des ONG dans la post-urgence ne devrait-elle pas être résolument tournée vers les organisations communautaires ? Ne devrait-elle pas en particulier mettre l'accent sur un soutien au redémarrage économique des familles et des communautés plutôt que de s'inscrire dans une approche strictement matérielle pour remplacer les professionnels, les infrastructures et les consommables perdus ? Ne devrait-elle pas être la plus participative possible dans la place laissée à la population elle-même ? Ne devraient-elles pas dans cette approche privilégier les partenariats avec des ONG locales en vue d'un meilleur accompagnement de ces familles et communautés ? Ne devrait-elle pas intégrer dans ses stratégies et ses modes opératoires des modalités d'intervention inspirées de pays non occidentaux ? De pays dans lesquels les concepts de démocratie et d'Etat de droit ne sont pas nécessairement identiques dans leur capacité réelle à exercer des responsabilités telles qu'elles sont en vigueur dans les pays dont sont issues les principales ONG internationales, celles de pays riches ? Les 20 ans de perfusion financière internationale, ne témoignent-ils pas de façon flagrante de l'impasse de cette approche à ce jour ?

Chaque année se sont environ 18 milliards de dollars d'aide humanitaire internationale qui sont mobilisés de par le monde. C'est dire combien cette aide, souvent vitale, n'en demeure pas moins modeste au regard des sommes en jeu pour aider au relèvement effectif d'un pays confronté à une crise majeure et complexe telle que celle que connaît Haïti. Rien que dans ce pays les besoins, assortis de promesses de dons qui connaissent un important retard dans leur décaissement effectif, sont estimés à près de 8 milliards pour 2010 !

On ne peut attendre de l'action humanitaire plus qu'elle ne peut réellement apporter. Ni au plan opérationnel, ni au plan politique. De ce fait sa dynamique et ses acteurs participent aussi d'une construction symbolique. Cela ne nie pas son efficacité concrète dans de nombreux contextes, mais ne doit pas à contrario empêcher une réflexion devenue urgente sur les nécessaires adaptations de ses modalités de mise en œuvre. En Haïti comme ailleurs.

Pierre Micheletti, professeur associé à l'IEP de Grenoble et ancien président de Médecins du monde France.

Daniel Henrys, membre fondateur du Service œcuménique d'Entraide-Haïti et du GRET-Haïti (Groupe de recherche et d'échanges technologiques), et ancien ministre de la santé de la République d'Haïti.

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PAGES SUIVANTES

13 - GALERIE DE PHOTOS / GALERIA DE FOTOS

14 - EncycloDOCU / DOCUMENTAIRES POUR COMPRENDRE LE MONDE

1 - PROJECTIONS PRÉVUES - PROYECCIONES EN EL FUTURO

2 - LES DOCUMENTAIRES - LOS DOCUMENTALES - Haiti, l'appel du lambi / El llamado del caracol

3 - LES DOCUMENTAIRES - LOS DOCUMENTALES - Le soleil nouveau pétrole de Cuba? - El sol nuevo petroleo de Cuba?

4 - LES DOCUMENTAIRES - LOS DOCUMENTALES - Bolivie, une révolution élue / Una revolucion elegida

5 - LES DOCUMENTAIRES - LOS DOCUMENTALES - Le cinéma invisible sort de l'ombre - El cine invisible en plena luz

6 - LES DOCUMENTAIRES - LOS DOCUMENTALES - Rénovation de La Havane - Reabilitacion de La Habana

7 - INTERVIEWS / COURTS METRAGES - ENTREVISTAS

 

8 - CURRICULUM DES PROJECTIONS 1 / DE LAS PROYECCIONES 1

9 - CURRICULUM DES PROJECTIONS 2 / DE LAS PROYECCIONES 2

 

10 - LA REALISATRICE - LA REALIZADORA / FESTIVALES - PARTICIPATION AUX FESTIVALS

11 - SILVIO RODRIGUEZ - RECITAL COMPLET BRUXELLES - MUSIQUE CUBAINE

12 - HAÏTI : DOSSIER DE PRESSE

 

 

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